« Je suis attaché à l’idée de la partition comme texte, comme mise en écriture de structures musicales. Il y a pourtant le fait que l’œuvre en train de se faire s’impose à nous, qu’un « texte » nous oblige à écrire certaines choses : un fil apparaît qu’il faut tirer, mais ce n’est plus moi qui tire le fil, c’est déjà le tissu qui m’oblige à le faire. Donc, depuis que j’ai cessé d’anticiper avec des plans, je ne travaille plus la forme dans un cadre imposé. La forme se découvre, elle est un labyrinthe de choix incessants, pas toujours binaires, comme le pensait Arnold Ehrenzweig, mais il y a en tout cas toujours des ramifications, et une sorte de logique s’installe malgré nous. Au départ, il y a l’allumette : allumer – poser le premier son est très compliqué –, mais après, il y a une accélération avec la combustion, et ça permet d’avancer pendant un certain temps. » [1]
« J'ai depuis toujours été fasciné par les Préludes de Chopin et de Debussy qui forment à mes yeux une sorte de diptyque - ou de miroir et d'anti-miroir. Ils soulèvent, au niveau de la forme, des figures, du caractère et de la durée, des questions qui renvoient à la source de l'idée que je me fais de l'invention musicale. De même que dans les céramiques anciennes la lutte entre l'argile et l'émail mène à une expression contradictoire, à une mémoire ébranlée des vestiges grecs et étrusques où les deux matières se fondent et se séparent, les pigments devenant une lave qui fait émerger l'ombre de ce qu'ils sont destinés à cacher, je voulais creuser une réflexion instrumentale dans mes Préludes en partant des allusions sous-jacentes d'un Chopin hybridé avec le rappel des dynamiques des cahiers de Debussy. L'œuvre que j'avais imaginée devait être constituée d'une suite de fragments dont les profils, provenant des préludes opus 28 de Chopin, seraient projetés dans un univers instrumental étranger, un ensemble qui permettrait un son altéré et hétérogène. Loin d'être des commentaires, le destin de mes dix-neuf préludes est de se voir entrelacés de manière irrégulière et asymétrique avec les Préludes de Chopin. »
Ramon Lazkano
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Musicien.ne. s de l’Ensemble Cairn:
Cédric Jullion (flûtes),
Ayumi Mori (clarinettes),
Caroline Cren (piano),
Christelle Séry (guitare),
Fanny Vicens (accordéon),
Pauline Klaus (violon),
Cécile Brossard (alto),
Alexa Ciciretti (violoncelle)
Direction: Guillaume Bourgogne
Solo piano : Maroussia Gentet
Ingénieur du son (recording, editing and mastering): Martin Antiphon
Preludes by Ramon Lazkano ont été enregistrés au Studio ONDIF, Août 2022
Preludes by Frédéric Chopin ont été enregistrés au Studio Stephen Paulello, sur un piano SP Opus 102, January 2023
Direction artistique Preludes de Chopin: Matvey Zheleznyakov
Direction artistique Preludes de Ramon Lazkano: Ramon Lazkano
Edition : Maison ONA
[1] Entretien avec Martin Kaltenecker, le 02/11/2016 – site de l’Ensemble Intercontemporain : https://www.ensembleintercontemporain.com/fr/2016/11/laboratoire-de-formes-entretien-avec-ramon-lazkano/
Cet enregistrement a reçu le soutien de la Maison de la Musique Contemporaine.
Cet enregistrement figure parmi les “coups de coeur” 2025 de l’Académie Charles Cros.